Carnet du Projeteur

Faire un plan de plancher poutrelles hourdis avec les blocs dynamiques

Plan de plancher poutrelles hourdis dessiné avec les blocs dynamiques dans AutoCAD, carnet d'une débutante en reconversion

Je tire sur la petite flèche bleue et les poutrelles défilent sur l'écran, alignées, chacune à sa place. Il n'y a plus qu'à imprimer, non ? Non, et c'est l'idée reçue qui m'a coûté le plus de soirées : croire que les blocs dynamiques dessinent le plan de plancher à votre place. Un bloc répète un motif, rien de plus. Ni les rives, ni les découpes, ni tout ce qui fait un vrai plan en béton armé ne sortent tout seuls de la petite flèche, et quand on débute sur AutoCAD en pleine reconversion pro, on ne s'en aperçoit qu'une fois le plan revenu corrigé.

Le copier-coller ne m'a pas fait gagner du temps

Poutrelles-hourdis, c'est ce plancher préfabriqué qui ressemble à un assemblage de Lego géants : des poutres en béton, et entre elles des blocs de remplissage. Vu comme ça, on croit à une simple répétition de motifs. J'avais mon mur, l'entraxe de mon exercice (60 cm entre deux poutrelles) et la commande copier pour boucler l'affaire vite.

Seule la lampe LED veillait encore dans le salon, l'écran calé sur ses deux ramettes me renvoyait ma fierté du moment : 42 poutrelles bien rangées. Sauf qu'elles étaient espacées de 50 cm au lieu de 60, parce que j'avais mal relu mon calcul. Tout à refaire, et mon plan ressemblait à un code-barres tout tordu.

Avant ça, j'avais cru bien faire en suivant des tutoriels YouTube sur les blocs dynamiques, le soir, sans ouvrir AutoCAD en même temps. On hoche la tête, tout paraît limpide, et le lendemain, devant un fichier vide, « étirer » et « réseau » sonnent comme une langue étrangère. C'est comme lire une recette de bout en bout sans jamais allumer le four : on a l'impression d'avoir cuisiné.

Détail d'un écran AutoCAD montrant des poutrelles de plancher répétitives copiées à la main avant les blocs dynamiques

Quand le mur de l'architecte bouge, tout le plancher suit

Un plan n'est jamais figé. Si le mur bouge de seulement 10 cm sur les plans de l'architecte, mon château de cartes s'écroule : il faut tout décaler, poutrelle par poutrelle, entrevous par entrevous (« entrevous » est le nom savant des hourdis, ces blocs qui se posent entre les poutrelles). C'est comme retoucher un patron de couture après avoir déjà coupé le tissu.

Mon premier réflexe a été de fabriquer un bloc tout simple, un rectangle avec une hachure dedans. À l'impression, fiasco : le cartouche sortait de travers et les hachures de béton bavaient partout. Si vous butez sur le même souci, j'avais noté pourquoi les hachures béton AutoCAD ne s'affichent pas sur mon plan, ça m'avait bien dépannée.

Un conseil lu sur un forum m'a ensuite tentée : fourrer toutes les variantes dans un seul bloc géant, avec une liste de visibilité à rallonge. Je l'ai essayé une soirée, j'ai perdu le fil de ce qui s'affichait quand, et je l'ai laissé tomber sans regret.

Plan de plancher technique avec corrections manuelles de poutrelles et tasse de thé sur un bureau

Régler le bloc avant de tirer sur la flèche

Passer aux blocs dynamiques, pour une débutante, c'est un peu comme passer de la machine à écrire au traitement de texte. Au lieu de dessiner chaque élément, on crée un objet « intelligent » auquel on donne des ordres : l'action « étirer », et surtout le paramètre « réseau ».

Le principe tient en peu de mots : un bloc de base, une poutrelle et son entrevous sur 60 cm, et une flèche bleue qu'on tire. Les poutrelles se multiplient, espacées comme il faut, et fini les comptes pour savoir si j'en ai 40 ou 42. On peut même ajouter une liste de visibilité pour passer, sur le même symbole, d'un hourdis béton à un hourdis polystyrène ou bois. Voir son plan changer d'un clic, quand on n'est pas ingénieur, c'est une petite victoire sur la machine.

Ce que le bloc ignore, et que je note au crayon

Voilà où l'idée reçue se retourne contre vous : le bloc multipliera vos poutrelles à l'infini, mais il ne sait pas que le long des murs de rive, on ne peut pas toujours poser un entrevous entier. Sur le chantier, le maçon devra couper ses blocs. Sur le plan, c'est à vous de l'indiquer proprement. La correction tient en une phrase : automatiser avec des blocs dynamiques ne marche que si vous gérez à la main les découpes d'entrevous en rive.

Il faut aussi garder la place du chaînage, ces armatures qui font le tour de la dalle, et prévoir la dalle de compression, ce béton coulé par-dessus l'ensemble, dont l'épaisseur se reprend dans les indications du fabricant plutôt que dans ma mémoire.

Un soir, j'ai relu ma nomenclature de fers ligne après ligne, diamètres et espacements, et rien ne manquait ; j'ai même cherché l'oubli par réflexe, comme on cherche la vis mystère à la fin du montage d'une étagère.

Paramètres de blocs dynamiques (étirer, réseau) utilisés pour un plan de plancher dans un logiciel de dessin

Dernier détail, et pas le moindre : un plan de plancher doit toujours indiquer le sens de portée des poutrelles par une double flèche bien visible. C'est le genre de détail qui évite qu'on vous regarde comme une touriste sur le chantier. Même si j'hésite encore quand je dois dessiner un poteau circulaire béton armé sur AutoCAD sans m'énerver, celui-là au moins est entré.

Philibert, croisé sur le forum de dessin technique, a regardé mon premier plan de plancher terminé et m'a renvoyé une seule remarque, directe mais jamais méchante : les rives étaient oubliées. De son côté, Clovis, mon ex-collègue de bureau, m'a envoyé la photo d'un plancher en cours de pose croisé du côté de Saint-Sever, avec des entrevous coupés le long du mur : exactement ce que mon bloc ne dessinera jamais tout seul.

Ma règle, désormais : avant de tirer la flèche, je note sur mon bloc-notes quadrillé, au crayon HB, ce que le bloc ne fera pas : rives, découpes, chaînage, sens de portée. Ensuite, si déplacer un mur m'oblige à retoucher autre chose que ces zones-là, je sais que j'ai triché quelque part.

Ce n'est pas encore du grand art, et mon plan de pose devra sans doute être validé par le bureau d'études du fabricant, mais il ressemble enfin à un document de chantier sans que j'y laisse mes nerfs. C'est une sensation étrange et agréable, celle de commencer à parler la langue des gens qui construisent vraiment des maisons. Et vous, quelle ligne de votre plan croyez-vous que le logiciel remplit à votre place ?

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