Carnet du Projeteur

Remplir sa nomenclature armature béton armé sans faire d'erreurs

Nomenclature d'armatures et plan de béton armé vérifiés sur un bureau de dessin technique le soir
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Trois lignes. C'est l'écart qu'il y avait entre le repère noté sur mon plan et celui qui s'affichait dans ma nomenclature d'acier, tout ça parce qu'en recopiant à l'écran mes gribouillages faits au crayon, j'avais sauté une rangée entière de mon tableau. Résultat : tout un lot de barres annoncé dans le mauvais diamètre, et moi, l'écran calé en équilibre sur une pile de ramettes vides pour être à hauteur des yeux, en train de me demander si ce virage vers le dessin technique du béton armé n'était pas une erreur bien plus grosse qu'une ligne de tableur.

Ces gribouillages, je les avais faits avant même d'ouvrir le logiciel, convaincue qu'esquisser chaque barre à la main sur mon bloc quadrillé m'aiderait à comprendre la logique avant de me lancer au clavier. La gomme avait chauffé sous mes doigts à force de revenir sur les mêmes traits, avec cette odeur un peu grasse de caoutchouc qui remonte quand on frotte trop fort, et pourtant, une fois passé au propre, plus rien ne correspondait. Le papier ne suffisait pas ; il fallait penser en couches, en blocs, comme le logiciel allait me le demander plus tard, et ça, aucun crayon ne pouvait me l'apprendre.

La nomenclature d'acier ne laisse rien passer

Une nomenclature, pour qui débarque comme moi il y a peu, c'est le document qui dit à l'atelier de façonnage exactement quoi couper et quoi plier. On y note un repère, une longueur, une quantité, une forme. Une ligne mal recopiée et c'est tout un lot de barres qui part dans le mauvais sens : trop court, trop long, ou carrément le mauvais diamètre commandé pour tout un poteau. Sur un chantier, ça ne se corrige pas avec une gomme.

Ce qui m'échappait, au début, c'est à quel point chaque petite négligence se payait plus tard dans la soirée, jamais tout de suite. L'erreur ne criait pas au moment où je la faisais ; elle attendait, sagement, le moment de l'impression pour me sauter à la figure.

Repère de diamètre corrigé à la main sur une nomenclature d'acier pour béton armé

Pourquoi j'ai arrêté de classer mes barres par diamètre ?

C'est en discutant avec Philibert Marcq, croisé sur un forum de dessin technique, que j'ai changé de méthode. Il m'avait déjà envoyé, sans que je demande rien, deux ou trois blocs AutoCAD gratuits qu'il avait dénichés en ligne, et cette fois il m'a suggéré de regrouper mes barres par famille de forme plutôt que par diamètre. Au lieu de ranger d'abord par taille, je mets ensemble tout ce qui a la même silhouette : tous les cadres identiques d'un côté, toutes les épingles de l'autre. L'œil repère tout de suite l'intrus quand neuf cadres font la même longueur et qu'un seul dépasse.

Ça m'a évité pas mal de sueurs froides, mais ça ne m'a pas empêchée de continuer à éviter les erreurs de dessin les plus bêtes en automatisant tout ce qui pouvait l'être plutôt qu'en refaisant chaque calcul de tête après une journée de travail. Les scripts LISP glanés sur les forums m'ont fait gagner des soirées entières une fois que j'ai compris lesquels garder, et les blocs dynamiques que Philibert m'envoyait de temps en temps ont fini par remplacer la moitié de mes dessins refaits à la main.

Bloc dynamique de ferraillage ajusté dans un logiciel de dessin technique avec nomenclature mise à jour

GCA armatures s'est glissé dans mes soirées

Le vrai tournant, ça a été d'installer le gabarit GCA armatures. Ce n'est pas un logiciel qui dessine à ma place, plutôt une boîte à outils bien rangée à l'intérieur d'AutoCAD. On place un bloc — un cadre, une épingle, une barre droite —, on ajuste ses dimensions sur le dessin, et la nomenclature se met à jour toute seule, sans que j'aie à recopier quoi que ce soit à la main.

Clovis, mon ancien collègue de bureau, m'a écrit pour demander où j'en étais avec mon fameux gabarit — sceptique comme toujours, mais sincèrement curieux, jamais moqueur. Je lui ai répondu que ce qui changeait vraiment, ce n'était pas la vitesse, mais le fait de ne plus vérifier trois fois la même case. Les calques restent rangés tout seuls une fois qu'on a pris l'habitude de nommer chaque bloc correctement, et j'ai enfin pu me concentrer sur la lecture de plan plutôt que sur des additions interminables.

Plan de ferraillage avec cartouche aligné et nomenclature d'acier sans correction au stylo rouge

Semaine six, une nomenclature relue sans rien d'oublié

Vers la sixième semaine avec le gabarit, j'ai relu une nomenclature complète un soir, ligne par ligne, en m'attendant à trouver au moins un diamètre foireux ou un espacement oublié comme d'habitude — et il n'y avait rien. Pas une case vide, pas un repère en double. J'ai relu une deuxième fois, certaine d'avoir raté quelque chose, puis j'ai fermé le tableau sans trouver la moindre faute.

Ça n'a duré qu'un instant, cette nomenclature parfaite un jour n'empêche pas la suivante de partir en vrille, mais ce genre de soirée-là, on la garde en réserve pour les mauvaises.

Ce qui m'attend encore sur ma table de salon

Je fais encore des erreurs, forcément, et je m'emmêle encore dans certains termes du ferraillage que je ne maîtrise qu'à moitié. Il me reste aussi tout un pan à explorer : le dessin de coffrage, la mise en page d'un cartouche à la bonne échelle, et un jour peut-être le VRD, dont je ne comprends encore que les grandes lignes.

Le week-end, quand j'ai besoin de vider la tête entre deux plans, je marche un peu du côté de Saint-Sever, et c'est souvent là que je me dis que toute cette reconversion aurait pu prendre une autre forme si je n'avais pas eu cette nomenclature ratée comme déclencheur. Je sais aussi qu'il existe d'autres outils pour gérer les nomenclatures sur des plans plus costauds ; je verrai ça quand mes propres plans deviendront plus complexes.

Si une chose m'a vraiment servi dans tout ça, c'est de ne plus regarder une nomenclature comme une liste à remplir, mais comme un plan qu'on relit avec les mêmes yeux que celui qui va couper le fer. Le gabarit GCA armatures m'a aidée à tenir cette habitude sans y passer mes nuits, et j'ai vu passer aussi un gabarit GCB coffrage pour la suite, quand je m'attaquerai aux plans plus larges. Pour l'instant, je savoure surtout mes tableaux qui tombent juste du premier coup.

J'imagine que vos premières nomenclatures vous ont aussi coûté des soirées.

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